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Roman en ligne, science fiction fantasy

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CHAPITRE 18

 

00H30: 

Loukas se débattait, affrontant les soldats qui tentaient de l’approcher. À chaque esquive de sa part, ils l’encerclaient d’avantage. Il en arrivait de tous les côtés, tous identiques et déterminés à fondre sur leur cible.

Trop nombreux.

La toile ajourée du plafond vert pâle, les murs émeraudes, le moucharabieh de la loge des Kasan, des visages surpris, des regards vindicatifs, mais pas de Caram Kasan cette fois-ci. Un coin du pupitre, des mains, des armes, les lattes du plancher de la scène tremblante sous la bagarre. Une odeur de vieille poussière, de bois sec et de cuir ciré.

L’hémicycle sifflait, huait, alors qu’une vague de militaire en exosquelette intégral s’écrasait sur le waherlïn.

Lorsque les soldats l’eurent maîtrisé,  poignets ligotés, chevilles entravées, ils l’obligèrent à se lever. Loukas, aveuglé par un rayon de soleil qui traversait la dentelle du plafond se divisant en une centaine de fils d’or impalpables, dut faire face à l’assemblée qui criait victoire.

 

00h28:

Dans le puits-prison, Arkhel venait de rejoindre le premier niveau, recouvrant sa forme humaine pour pouvoir entrer dans le couloir et entrainant Fauste avec lui. Se relevant après leur dérapage forcé, il la vit revenir sur leurs pas et la rattrapa de justesse par les épaules alors qu’elle s’apprêtait à replonger.

Ircadès enflait à toute vitesse.

— Des enfants ! hurlait la jeune femme.

— Tu ne peux pas aller les chercher maintenant !

Arkhel ceintura la jeune femme et la tira en arrière. Elle se dégagea avec la facilité des enragés, sortit ses lames et fondit sur le Talën telle une furie.

— Tu ne m’empêcheras pas de les sauver ! Cesse de te mettre en travers de ma route.

— Ils sont là depuis 200 ans ! Ils attendront quelques jours de plus !

Une silhouette aqueuse jeta un coup d’œil vers le passage. Arkhel se posta entre la jeune femme et Ircadès, puis invoqua une série de sons. Certains étaient muets, d’autres des rugissements menaçants. Un vent de tous les diables se mit à souffler en direction d’Ircadès, freinant son avancée. Quand il fut sûr de maîtriser la situation, le Talën se tourna vers Fauste et haussa la voix pour couvrir les hurlements du vent.

— Chadeus a ressuscité les victimes du volcan en se cachant en eux ! Ces nuées de lumière sont des parties de son âme qui retournent à son enveloppe physique.

Ircadès grondait et tentait de résister à la poussée de l’air, elle gagna un petit mètre. Arkhel augmenta la puissance du souffle.

— Ces gens, ces enfants, ne sont plus que des réceptacles et ils sont condamnés depuis longtemps.

— Tu savais ? comprit-elle tout à coup.

— Je pensais qu’ils étaient morts à Aysenaleth !

 

00h25:

À l’Anachron, Cameri, Xeelé, Menra et Eylis s’étaient réfugiés derrière le comptoir, ce qui venait de sortir du terrarium possédait huit pattes, de multiples yeux et tissait sa toile dans le grand patio.

— Cameri ! le houspilla Xeelé à voix basse. Fais quelque chose.

— Tu as bien vu que ça ne marchait pas !

— Débrouille-toi ! Emprisonne cette horreur dans le sol, noie-la, mais fais quelque chose !

— Ça devrait aller, annonça Eylis, c’est une Bagheera Kiplingi. Elle est végétarienne. Enfin « il », c’est un mâle d’après la couleur sombre de son céphalothorax. Cette coloration verte sur la face avant supérieure et l’abdomen, rougeâtre, orné de lignes verdâtres sont typiques de … 

— SOL ! l’interrompit une voix extérieure. VAGUE !

Une partie du dallage ondula et secoua l’araignée qui recula vers le terrarium. Cameri, scandalisé, se mit à quatre pattes et risqua un coup d’œil vers le centre de la pièce. La créature pivotait sur elle-même. Hésitante, elle examinait la nouvelle situation.

L’inconscient qui se permettait de donner des ordres à l’Anachron, récidiva.

— TERRARIUM ! FERMETURE !

Furieux et vexé, le passeur bondit hors de sa cachette dès que les murs se furent refermés.  Aloïs d’Eregnan se tenait sur les dernières marches de l’escalier de verre. Il  ne baissa pas sa garde et  fit face aussitôt,  présentant ses paumes ouvertes à Cameri au creux desquelles brillait le sceau de l’Anachron.

— Excusez-moi d’insister, mais nous devons parler.

Si la première fois que Cameri avait rencontré le jeune garçon sa colère avait été foudroyante, la vue des marques maudites et la démonstration des ses pouvoirs sur les commandes de l’Anachron, l’assommèrent. Menra et Eylis quittèrent l’abri improvisé derrière le comptoir chassant les fils de soie de l’arachnide avaient laissé derrière lui.

— Qu’est-ce que ça signifie ? demanda Xeelé qui se risqua à poser se main sur l’épaule du passeur.

Un contact qui le sortit de son asthénie.

— C’est un Hedera…

 

00h20:

Arkhel modula la pression de l’air pour pouvoir se rapprocher de Fauste qui chancelait le regard vide. L’exercice ne semblait pas lui demander le moindre effort. Le Talën se baissa et chargea son amie en travers de ses épaules avant de s’adresser à l’Esprit de l’eau.

— Je sais que tu n’es pas toi-même, Rivière. Mais si tu la touches, je m’assurerai que ne soit plus qu’un bloc de glace.

Le temps pressait, il sentait les battements irréguliers du cœur de la jeune femme contre lui et sa respiration de plus en plus faible.  Il maintint le vent jusqu’à ce qu’ils aient atteint la sortie qui donnait dans les souterrains.  Arkhel invoqua alors la terre, et dressa une barrière de pierre en remplacement de la porte. Il déposa doucement Fauste et l’allongea avec beaucoup de précaution.

— Ça va aller, je vais te soigner…la rassura-t-il tandis qu’il examinait ses blessures les plus importantes.

Elle entrouvrit  les yeux et le vit penché au-dessus d’elle. Dans un soupir elle les referma.

  Tu ne peux même plus… te guérir… toi-même…

Par reflexe Arkhel porta une main à sa cicatrice.

— Peut-être que je l’aime bien et que je veux la garder. Elle me rappelle le jour où j’ai compris quelque chose d’important.

Le Talën se pencha d’avantage et approcha son visage du sien.

— Tu es mon âme liée…et tu as un plan.

Un léger souffle s’échappa de ses lèvres  pour s’échouer en une caresse presque imperceptible sur celle de Fauste.  La  chaleur douce qui irradia le visage de la jeune femme, s’écoula en une brulure dans tout son être lui rendant quelques forces.

— Juste assez pour que tu tiennes le coup, commenta-t-il dans un murmure. Mais pas suffisamment pour que tu puisses m’empêcher de t’emmener à l’Anachron.

Il reprit forme animale avant même qu’elle ait pu dire quoique ce soit. Une patte énorme l’emprisonna et la protégea de la rue qui s’effondrait sous le déploiement du dragon,  émergeant du bitume. Une bête racée et fière, sombre des cornes aux pattes,  tatoué de magnifiques symboles changeants.

En surface, les témoins terrorisés ne fuyaient même pas, paralysés par la peur.

Le dragon ouvrit ses ailes robustes, couvertes de plumes translucides et mordorées. L’espace d’un instant, la rue couvée par cette voute, tel un vitrail membraneux, baigna dans une lumière étrange, froide et crépusculaire.

 Et le dragon prit son envol.

 

00h12:

L’ambassade était en ébullition, la rumeur de la capture du Grand Waherlïn se répandait déjà, et il se murmurait dans les couloirs que quelque chose se passait en ville. Un grand nombre de personnes s’était rassemblé au pied de la statue hologramme de Khyyl sur le parvis de l’ambassade, mais de ce point de vue il était impossible de voir quoique ce soit à cause des titans de verre et de la végétation. La panique les dispersa lorsqu’un hurlement puissant retentit. À la fois proche et lointain, tombant des cieux en une vibration sonore qui ébranla chaque créature présente dans un rayon de plusieurs kilomètres.

Bâillonné, enchainé à une chaise de métal, un hématome naissant sur la pommette de sa joue gauche et une arcade sourcilières fendue, Loukas éclata de rire. Dans ses yeux passa une lueur, comme une flamme rouge de sang, une flamme sans âge soufflée dans un battement de cil.

Joseï et les soldats présents à ses côtés rasaient les murs, prêt à faire feu, ou à fuir dans le cas du vieux bonhomme. Isolé au centre de la pièce, le waherlïn les suivait d’un regard amusé.

— Qu’est-ce que c’était ? bredouilla Joseï.

Aucun soldat ne lui répondit, bien trop concentrés encore pour faire face à une éventuelle menace. Le petit homme se rapprocha de Loukas, lui retira son bâillon et le gifla.

— Parle !

 

00h10:

Evitant les petites bêtes que le terrarium avait libérées, Cameri faisait les cents pas en zigzaguant.

— C’est la seconde fois que je perds le contrôle de l’Anachron, et les deux fois tu étais là, Aloïs,  fulmina-t-il secouant les toiles d’araignée qui collait à sa chemise trempée. La passe ne sait plus qui protéger…Comment est-ce possible ? Aucun Hedera n’a jamais pu sortir d’ici !

— Le premier passeur, avant le premier sacrifice, commença Aloïs. Je pense qu’il pouvait sortir de l’Anachron à sa guise. J’ai trouvé ceci dans un coffre à Eregnan.

L’adolescent qui prenait soin de se tenir à bonne distance de Cameri, lui envoya un petit sac de tissu. Le passeur le saisit au vol et jeta un coup d’œil méfiant à l’intérieur avant de déverser le contenu dans sa main.

Une chaine aux maillons fin, en or, de la taille du poignet d’un enfant et orné d’une feuille de lierre délicatement ouvragée. Cameri la retourna et lu l’inscription qui s’y trouvait.

— Cairm Hedera ? Jamais entendu ce nom…pourtant je connais mon ascendance.

— J’ai une photo de lui et la ress…

— Ça suffit, Aloïs ! Je t’interdis d’en dire plus.

Nivia se tenait en haut des marches et son regard intransigeant glissa de son fils à Cameri à qui elle n’adressa pas le moindre mot.

— Maman ?! Mais comment tu… ?

— Nous partons, ordonna-t-elle.

— C’est hors de question !

— Obéis à ta mère, Aloïs, dit Cameri. J’ai besoin de réfléchir et je ne veux pas d’un gamin dans mes pattes.

 

00h06:

                Un seul battement d’ailes suffit pour propulser le dragon et sa passagère bien au-dessus des immeubles et gratte-ciel les plus hauts de la cité. La créature resta en vol stationnaire quelques instants pour dégourdir ses ailes qui n’avaient pas servi depuis très longtemps. Dans son ombre se déposait un voile de givre seule preuve de son passage, vite effacée par les rayons du soleil. Un vent froid et lugubre s’engouffrait dans les rues. Dans ses griffes, Fauste n’était qu’à demi consciente.

                Le dragon s’orienta et partit en direction de l’océan. Il vrilla entre les immeubles, rasa l’avenue principale avant de remonter en flèche au travers des premières brumes. Repliant ses ailes, il piqua vers l’océan et ne les rouvrit qu’au dernier instant avant d’effleurer la crête des vagues

Le temps que les témoins lèvent les yeux vers le ciel, la créature avait déjà disparue.

 

00h00:

Idaline retira la bombe qu’elle avait placée sur la vitre de la cellule de l’Esprit-Chasseur.

— Elle est désactivée, annonça-t-elle.

La nouvelle de la capture de Loukas était rapidement parvenue jusqu’à eux. Quant au cri du dragon, Yric, le leur avait confirmé.

— Les dragons les plus proches sont à Aysenaleth, et ils n’en n’ont pas bougé. Il n’y a qu’un seul Talën dans les parages : Arkhel Kaïlhann.

— Pourquoi maintenant ? avait demandé Damia.

Yric avait hésité à répondre, puis s’y résolu tout en contactant sa mère. Il activa son bracelet de communication et demanda à entrer en contact avec sa mère. Celle-ci répondit très vite et apparut inquiète au travers de son hologramme.

—      Yric ? s’étonna dame Kasan, je suis en route pour vous rejoindre, que se passe-t-il ?

Le jeune homme se tourna brièvement vers Damia et sa mère avant de reprendre la parole.

— Saïs est en ville, dit-il en pesant ses mots. Il vient d’apparaitre.

— Où se dirigeait-il ?

— Vers l’Océan, je pense qu’il se rend à l’Anachron.

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N
Palpitant, vraiment !!! ♥♥♥ <br /> j'ai beaucoup aimé le compte à rebours et la tension de ce passage.<br /> Mais pas l'araignée, beurk... Heureusement qu'elle a un nom rigolo...
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