• CHAPITRE 3: LE RETOUR DU FILS PRODIGUE

     

     

         

         ALLEZ, ACCROCHEZ-VOUS ! VOILA ENCORE QUELQUES PERSONNAGES ET LA PLUS GRANDE PARTIE DES PROTAGONISTES SERA EN PLACE. VOUS REPRENDREZ VOTRE SOUFFLE AU PROCHAIN CHAPTIRE... ENFIN UN PETIT PEU.



         Tandis que Joseï menait sa réunion en tyrannisant son auditoire, à l’extérieur, tapit derrière un container à ordure, Loukas O’Meiry, lui, cherchait un moyen de pénétrer dans le bâtiment. Il observait son reflet dans un vieil éclat de miroir brisé. Traits tirés, peau rugueuse, barbe poussiéreuse de plusieurs semaines, en dehors de ses grands yeux brun rouge, presque juvéniles, il était méconnaissable, un avantage pour se faufiler incognito dans l’ambassade.
    De l’extérieur, l’ambassade Nord où se trouvait l’hémicycle, était une vieille bâtisse grisâtre. Un condensé architectural de ce qui avait pu se faire de pire et de meilleur en ce monde et dans les divers affleurements. C’était une fin d’après midi, l’air était frais, quelques nuages parcouraient le ciel masquant le soleil par intermittence. Loukas aurait du être en mission d’exploration dans un nouvel affleurement ainsi que le Conseil en avait décidé, mais ce même Conseil avait également prévu à l’insu du jeune homme qu’une embuscade l’y attendrait. Loukas O’Meiry était le genre de personne à savoir tout un tas de choses dérangeantes et à les ébruiter selon son bon vouloir. Il serrait dans sa main un tract affichant son portrait barré d’une ligne sombre et épaisse : le registre Noir, celui où étaient confinées les têtes à abattre. Il était étonnant qu’il n’ai pas eu ce genre d’ennuis plus tôt, heureusement pour lui il était aussi malin que chanceux et il avait trouver le moyen de leur échapper et de regagner la surface.

         Le jeune homme, désormais hors la loi, s’assura que la ruelle était déserte et sortit de sa cachette en espérant qu’on le prendrait pour un vagabond. Il se voûta, modifia sa démarche et longea la clôture magnétique sur plusieurs mètres, sifflotant sans rencontrer âme qui vive. Il avait traversé un désert et une tempête de sable, il avait faim et soif, il avait sommeil. Si on le reconnaissait, il n’aurait pas la force de s’enfuir. Il avança, avança, avança, jusqu’à ce qu’il dépasse enfin le premier poste. Le bâtiment était truffé de caméras, de soldats, de bêtes, de gardes, il lui fallait trouver un moyen d’entrer sans être vu et justement une calèche immense et sombre venait de tourner au coin de la rue et le devança lentement. En un éclair, Lou se glissa sous le véhicule, s’y cramponna de ses dernières forces et retint sa respiration au moment de franchir le portail. Tirée par six flammes d’air, la calèche se déplaçait dans un sifflement léger. Une petite trappe à quelques centimètres de lui s’ouvrit et une voix de femme chuchota : « O’Meiry, quel plaisir de vous voir. »

         Lou fouilla dans sa mémoire où il avait bien pu entendre cette voix mais il ne parvenait plus à réfléchir, il était trop épuisé. Il bougonna dans sa barbe et risqua un œil dans l’encadrement. L’intérieur était spacieux et il s’en dégagea de douces fragrances fruitées, la femme porta son index devant sa bouche masquée de dentelle orangée et or pour lui signifier de se taire. Les broderies couraient sur tout son corps en un drapé ample, superposé à d’autres, d’or et d’argent. Sa chevelure savamment tressée, semée de fils, de rubans et de perles avait des tons inidentifiables. D’après les plis au coin de ses yeux couleurs de miel c’était une femme d’âge mur.

         « Entrez, lui proposa-t-elle toujours en chuchotant. »

         Lou lui lança un regard suspicieux avant de se tourner vers le portail, des aboiements attirèrent son attention sur la droite. Une meute de grands chiens verdâtres fonçait droit sur lui.

         « Je ne vais pas vous manger, précisa calmement la passagère de la calèche. Mais eux, oui.

         – Je n’ai pas d’argent, lui lança-t-il malgré la pression. Et je ne vends pas mon corps!

         – Dans l’état où vous êtes personne ne voudrait de vous, rétorqua-t-elle aussitôt. »

         La meute se rapprochait, Lou s’empressa de rejoindre la mystérieuse femme, referma la trappe et se laissa lourdement tomber sur la banquette soulevant de ses habits un nuage de poussière.

         « Par tous les Dieux, cesser de vous agiter, le supplia-t-elle en toussotant.

         – Désolé, je n’ai pas vu de douche sous votre voiture. Les caméras vont se rendre compte que j’ai disparu, il ne faudra pas longtemps aux gardes pour deviner que je me suis servi de votre voiture. Allez-vous me livrer ?

         – Si telle était mon intention, ce serait déjà fait », lui assura-t-elle.

         D’un mouvement de la tête, la dame lui fit signe de regarder par un hublot sans teint à l’arrière. Loukas se tourna avec quelques difficultés et vit une silhouette poursuivre son chemin dans la rue tel qu’il l’aurait fait s’il n’avait pas croisé la calèche. Une réplique de lui-même.

         « Il va faire le tour de la clôture et disparaîtra, expliqua la dame.

         – C’est une technique d’illusion très complexe, dit-il admiratif. Savez-vous les risques que vous prenez si on me découvre ? Qui êtes-vous ?

         – Savez-vous vous-même ce que vous faites en entrant ici ? Ne me dites pas que vous ignorez que tout le monde vous cherche.

         – ça, ce n’est pas nouveau, ricana-t-il.

         – Oui, mais si j’en crois la rumeur, cette fois vous avez envoyé à la tombe deux de vos semblables, l’interrompit-elle. Cela n’a plus rien à voir avec vos gamineries habituelles.

         – C’est un coup monté ! rétorqua-t-il en bondissant, un index menaçant pointé sur son interlocutrice. Ne redites jamais ça.... Des gamineries habituelles ?!

         – Asseyez-vous et essayez de faire un peu moins de bruit, lui conseilla-t-elle avant de prendre un plateau et de lui présenter. Les choses changent de plus en plus vite, nous avons toutes les raisons de croire que la seconde tour ne tardera pas à faire son apparition.

         – Qu’est-ce qui change ? Je vois toujours les mêmes abrutis, répondit-il en prenant une pomme.

         – Caram Kasan, mon époux, sera ravi de le savoir » .

         Lou blêmit, écarquilla les yeux et laissa tomber le fruit. Dame Kasan, épouse vénérée du seigneur Caram que nul n’a jamais vue et ne dois jamais voir sous peine de mourir des mains de Caram lui-même, se mit à rire. Loukas plaqua les mains sur ses yeux et lui tourna le dos. Sa tête heurta au passage une barre de fer et il souleva à nouveau un nuage de poussière.

         « Nom de Dieu ! jura-t-il. Il n’y a qu’à toi que ça arrive mon pauvre O’Meiry. Je suis fichu, fichu !

         – Reprenez-vous, implora confuse Dame Kasan. Je vous en pris il est inutile de vous mettre dans de tels états de nerfs.

         – Ah non ? Maintenant, si ce ne sont pas les S.A.U qui me décapitent ce sera votre mari ! Franchement je préfère encore les chiens verts. Salut, c’était sympa....

         – Monsieur O’Meiry, mon mari me cache aux yeux de tous pour nous permettre de faire sortir ou entrer des gens dans votre situation, non par excès de jalousie. Cela me permet de passer tous les barrages sans être contrôlée.

         – Non et non ! Affronter les S.A.U est une chose, affronter le seigneur Caram en est une autre ! Au revoir, Madame.

         – Loukas O’Meiry, je vous ordonne de vous retourner sur le champ ! »

         Lou connaissait les protocoles, il avait grandi à l’ambassade et il était tout à fait conscient de son impolitesse, frottant la bosse douloureuse qui ornait maintenant son front, il se rassit et bouda.

        « Bien, je vous disais donc que nous avions toutes les raisons de penser que la seconde tour fera très bientôt son apparition. Le passeur Cameri Hedera, sera sacrifié comme son père et les pères de ses pères, d’ici la fin de l’année au plus tard.

         – En quoi le sort de Cameri Hedera peut-il m’intéresser en ce moment ? demanda-t-il en évitant un maximum de croiser son regard. J’ai déjà assez de problèmes comme ça. Vous ne trouvez pas ?

         – Cameri doit assumer sa destinée, il faudra vous en assurer.

         – Pourquoi moi ?

         – Vous le savez très bien, rétorqua-t-elle froidement. Réah Marek

         – Je ne serai le larbin de personne, ajouta-t-il en crachant un bout de pomme à ses pieds.

         – Nous sommes arrivés, annonça-t-elle calmement. La voie est libre. Hâtez-vous maintenant, et n’oubliez pas ce que je viens de vous dire au sujet d’Hedera. Les choses seront ce qu’elles doivent être que vous le vouliez ou non. »

         Loukas la fusilla du regard. Comme d’autre il était revenu avec la tour par l’entremise de Khyyl, d’ailleurs Loukas n’était pas exactement son véritable prénom et il était bien plus qu’un explorateur. Un Waherlïn voilà ce qu’il était, Reah Marek serviteur de la cité d’Eïae carrefour des mondes et des temps gardée par sept tours dont la première était réapparu sur Terre. La cité était alimentée d’une part par Ircadès et d’autre part par des serviteurs voyageant dans le monde, les univers et le temps : les waherlïns. Ce que leurs yeux pouvaient voir, ce que leur mémoire enregistrait était directement connu, trié et mis en sécurité. Eïae se nourrissait de connaissances, la cité était comme une sauvegarde gigantesque de tout ce qui avait été, était ou serait. Quand elle fut détruite, son savoir fut transféré dans la sphère sculptée qui dormait dans le volcan et se trouvait maintenant en moi grâce à Khyyl et son âme fut emprisonnée.

         Sachant que les waherlïns avaient été capables de voyager dans le temps, il semblait logique que certains d’entres eux où leur descendants aient pu parvenir jusqu’à nous et les Surfaces et Affleurements Unis informées de ce fait par Khyyl s’étaient mises à leur recherche. Suivant ses informations, les ambassades avaient sélectionné et entraîné un groupe de personnes dotées d’un gène très rare pour ressusciter l’ancienne caste et en faire des waherlins avec l’espoir de récupérer le savoir d’Eïae. La première génération, dont l’espérance de vie ne dépassa pas dix ans, ne fut qu’une ébauche. La seconde vit augmenter ses capacités empathiques. La troisième commença à développer des caractéristiques proches de celle des waherlïns d’Eïae et fut psychiquement reliée à une centrale de donnée grâce à un mécanisme greffé sur leur bras et relié à leur cœur. Il fallut attendre la quatrième génération et l’intervention de Khyyl Harafem pour que des pseudos waherlïns sains et capables viennent au monde. Loukas, avait fait preuve de capacités encore inégalées : il se disait partout que le sang des waherlïns s’était réveillé. Il était le meilleur, l’aboutissement de décennies de recherches, l’élu entre tous. Cependant Loukas était plus qu’un pseudo waherlïn doué, il était l’un des esprits anciens et maudit d’Eïae. Khyyl avait ressuscité un authentique waherlïn et l’avait dissimulé parmi les autres. Reah Marek était ainsi devenu Loukas O’Meiry.

         Toute personne susceptible de connaître sa véritable identité en dehors de son cercle d’amis était une menace. Lou rangea Dame Kasan dans la catégorie : sujet sensible « à surveiller ». Il grommela des remerciements et se faufila à nouveau sous le carrosse sans demander son reste. Il adressa un bref et glacial salut militaire et disparut.

         « Heriom, appela Dame Kasan.

         – Oui, ma reine, répondit le cocher.

         – Nous allons restez ici le temps que O’Meiry quitte les lieux.

         – Bien, ma Dame. 

         – Ce waherlïn se comporte vraiment comme un enfant, espérons qu‘il se ressaisisse vite.»

         Lou connaissait l’ambassade par cœur, c’était sa maison et s’y faufiler sans être vu était l’une de ses spécialités. Il débrancha quelques fils et les raccorda à son propre système parallèle diffusant en boucle des images de couloirs vides et eut donc le loisir de reprendre un peu son souffle en se dirigeant vers le bureau d’Idaline. Les couloir étaient ornés de vieux tableaux, des paysages, des visages souvent anonymes mais dont les couleurs ou l’expression hantaient les lieux depuis si longtemps qu’ils en étaient devenus familiers. En tournant à droite et en s’engageant dans un autre couloir, Lou passa devant un grand miroir au cadre raffiné, incrusté d’ivoire, et réajusta le col de son manteau avant de l’épousseter symboliquement. Sa barbe le grattait horriblement.

         Sa dernière mission d’exploration n’avait d’autre but que de l’éloigner du centre nerveux et des décisions importantes auxquelles ils n’auraient sûrement pas manqué de s’opposer et il le savait. Mais il était trop précieux pour que les S.A.U s’offrent le luxe de le supprimer ou alors quelque chose d’autre au dessus de lui était en jeu. Il du trafiquer encore six caméra et quatre détecteurs de mouvements avant d’arriver devant la porte close du laboratoire d’Idaline. La conférence de Joseï venait de se terminer et il savait qu’elle était là, elle vivait dans le laboratoire. Dans le couloir des gens se rapprochaient.

         « Ida, ouvre ! Ouvre, c’est moi. Idaline ! appela-t-il en frappant de plus en plus fort. Idaline ! Ouvre cette foutue porte ! Ou sinon...Ou sinon ! »

         Les bruits de pas et de conversations se rapprochaient dangereusement. Le waherlïn, prit son élan pour enfoncer la porte mais celle-ci s’ouvrit au moment même où il allait la percuter. Une main le saisit par le col avant qu’il n’aille heurter le mur d’en face.

         Une ample tunique en percale bleue, brodée grossièrement de fils indigo dissimulait le corps rondouillard d’Ida. Type eurasien, la cinquantaine, Ida était encore belle et teignait ses cheveux mi-long et toujours retenu sur le côté par une sorte de bijou africain dans un noir cassis qui rappelait celui de ses yeux. Ses aides de laboratoire trouvaient qu’elle forçait toujours trop sur son rouge à lèvre, mais Loukas la découvrît pâle, sans fard, des larges cernes sous les yeux, les lèvres pincées.

         « Comment es-tu entré ? demanda-t-elle. J’essaie de te contacter depuis près de deux mois ! Tu es dans le registre, sais-tu ce que ça veut dire pauvre fou ?

         – Je ne passe pas par la case départ et je ne touche pas vingt mille francs, répondit-il avec un sourire.

         – Non, Lou. Cette fois, ils ne passeront pas l’éponge, soupira-t-elle contrariée.

         – Je suis unique, Ida. Unique ! Ils ne me feront rien...

         – Ah, ça oui ! Je ne te contredirais pas sur ce point, mais s’il prennent le risque de perdre tes données c’est qu’ils ont trouvé un substitut. Pourquoi es-tu venu jusqu’ici ? Tu ne crois pas qu’il aurait été plus sage de te faire oublier quelques temps. Et qu’est-ce que c’est cette odeur ? Tu empestes! »

         Loukas soupira et alla s’asseoir un peu plus loin. Poings sur les hanches, Ida le regarda avec étonnement poser son bras gauche, celui équipé du brachial, sur la table.

         « Il ne fonctionne plus, dit-il avec lassitude.

         – Pardon ?

         – Il est hors service, bougonna-t-il en secouant son attirail. Peu de temps après mon départ pour la mission d’exploration, j’ai eu des problèmes pour accéder à ma banque de données. J’ai supposé qu’une sorte de virus avait pris la main, que cela allait de pair avec l’embuscade qu’ils m’avaient tendue mais c’est autre chose.

         – Il n’y a pas de précèdent. Je comprend que tu aies voulu revenir, mais tu aurais du trouver un autre moyen de me joindre. Te jeter dans la gueule du loup comme ça, Lou... », le réprimanda-t-elle.

         S’asseyant en face de lui, Ida dégaina tournevis et clés qu’elle portaient en permanence à sa ceinture et observa l’encombrant brachial, complexe technico-organique qui se greffait sur le bras gauche de Loukas et le reliait à la centrale. Chaque waherlïn en possédait un mais celui de Loukas était incroyablement usé et rayé en comparaison. Légèrement avant le pli du coude, la peau du jeune homme était marquée de cicatrices profondes, comme autant de témoins de ses vaines tentatives pour se défaire de ce fardeau. Soudain, Ida eut un sursaut en voyant un rat sortir du manteau de Lou et venir courir sur ses épaules. Lou s’amusa un peu avec et dit :

         « J’ai su que les S.A.U me cherchaient grâce à ce rat que Feirn m’a fait parvenir avec un tract à mon effigie. Ensuite j’ai dû traverser le désert de Marech pour éviter leurs embuscades. J’ai voulu me diriger avec le brachial mais à chaque fois que j’essaie d’accéder à ma base de données j’ai des migraines à en perdre connaissance. C’est pour ça que je ne t’ai pas contacté et je suis désolé de t’avoir donné du souci.

         – Le principal c’est que tu sois en vie et que tu le restes. En attendant d’en savoir plus, j’aimerais que tu rejoignes l’Anachron quelques temps. Et que tu te rases aussi, tu as l’air d’un animal.

         – Chez Hedera ? s’étonna-t-il avant de protester. Je ne vais pas vous laisser ici, qui va t’aider ?

         – Lou, on tente de m’évincer afin que le contrôle des recherches me soit retiré. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils y parviennent ou qu’ils m’inscrivent dans le registre. Tôt ou tard je rejoindrais l’Anachron, dit-elle avec résignation avant d‘abattre sa dernière carte. J’ai appris qu’Arkhel Kailhann s’y trouvait, je pense qu’il plaidera en ta faveur, vous êtes amis si mes souvenirs sont bons. Tu pourras plaider notre cause.»

         Le rat s’immobilisa au sommet du crâne du waherlïn, Lou regardait son amie avec des yeux ronds: « Tu as perdu la tète ? Hedera hait les ambassades. Quant à Arkhel, il vaut parfois mieux éviter sa route, bougonna-t-il avant de s’écrouler sur la table, le regard lointain. Tu peux me croire… Alors tout ce temps, il était là-bas…»

         Le silence s’installa, ponctué du bip des machines du laboratoire. Lou appuyait sa tète sur son bras droit. Un jeune homme aux cheveux blonds, sortit d’une salle annexe du laboratoire et vint près d’eux. Ida, concentrée sur le brachial de Lou, lui donna des instructions.

         « Seyric, toi et Damia allez discrètement conduire Lou à l’Anachron, je dirai qu’il s’est attaqué à moi, qu’il vous a pris en otage et qu’il est devenu fou.

         – C’est lui O’Meiry ?demanda Seyric.

         – Oui, c’est lui, répondit Loukas d’une voix pâteuse.

         – Je pensais que vous dormiez. Ida m’a expliqué que vos yeux ne se fermaient jamais vraiment et que ... Mes excuses. Je suis Seyric. »

         Loukas soupira et reposa sa tête sur son bras sans plus prêter attention au nouveau venu. Il était perdu dans ses pensées, l’idée de côtoyer à nouveau Arkhel n’était pas un problème en soi, mais il savait ce que cela signifiait : les choses seraient ce qu’il était prévue qu’elles soient... Dame Kasan avait raison.

         Ida sortit et fit signe à Seyric de la suivre. Elle avait fait partie des premières expéditions inter-affleurements mais demeurait désormais, des journées et des nuits entières enfermées dans son laboratoire à cause de sa mauvaise santé. Elle étudiait de vieux dossiers poussiéreux pour qu’ils soient rouverts car au-delà des rumeurs, il y avait des vérités qui la hantaient. Ida luttait de l’intérieur et menait depuis des années une guerre sans relâche contre toutes les ignominies qui avait eu lieu ou avait encore cour. Son laboratoire était envahi par la pagaille et ressemblait à l’antre d’un alchimiste fou. Lou y passait les trois quart de son temps quand il n’était pas en train de préparer un sale coup ailleurs, c‘était un peu sa maison. De la terrasse, Ida jeta un regard mélancolique vers un arbre immense qui se dessinait au loin. Après l’apparition d’Aysenaleth, les racines de certains végétaux avaient malencontreusement effleuré le lit d’Ircadès et leur mutation avait donné naissance à d’étranges spécimens; celui-ci était gigantesque et on l’avait surnommé le Titan de verre. Trois de ses semblables se dressaient dans la cité. L’écorce conservait un aspect de mousse caoutchouteuse sur plusieurs centimètres. Fins et sinueux, peu de feuilles. Celles-ci étaient transparentes et ne tombaient jamais quelle que soit la force du vent qui pouvait les secouer ; et puis la nuit venue elles restituaient faiblement la lumière captée durant la journée. Continuellement agité par une petite brise, le feuillage tintait d’un son cristallin et berçait la ville en permanence.

         Idaline, elle, ne pouvait s’empêcher de broyer du noir, Seyric savait ne pas lui être d’un grand secours mais il faisait tout son possible. Perdu lui aussi dans la contemplation des Titans, il n’entendit pas Damia arriver derrière eux.

         Deux cent ans après l’éveil d’Aysenaleth, au-delà des statistiques et bien loin des diplomates, dans la vraie vie, défilait une quantité toujours croissante de gens « nouveaux ». Les peuples se mélangeaient donnant progressivement naissance à d’autres formes de vie et Damia Eiquem en faisait partie. Le monde de l’extérieur fascinait l’adolescente, jamais la vie et la biodiversité n’avait eu autant de présence et de pouvoir, c’était l’avènement d’une ère nouvelle, d’un âge d’or et cela lui donnait du courage. Ainsi Damia voyait son monde là où sa mère, elle, ne voyait qu’un mélange chaotique de choses et de gens qui ne se sentaient ni d’ici ni d’ailleurs : une bombe à retardement prête à leur exploser à la figure. Ida savait que beaucoup de ces «nouveaux » étaient soustraits à la vie civile pour être étudiés, testés, disséqués, torturés, que chacun d’eux était fiché, c’est contre cela qu’elle se battait, pour que les expériences cessent.

         « Maman, qu’est-ce que Loukas fait ici ? Il ne savait pas qu’il était dans le registre ? Avez-vous pu lui parler du journal que nous a remis la femme aux cheveux vermillon ?...demanda la jeune adolescente réplique miniature de sa mère.

         – Son brachial ne fonctionne plus, ma chérie. Lou est en danger et nous allons devoir agir vite; quoiqu’il en pense, les camera l’ont certainement repéré. »

     ILLUSION    Au sommet d’une coupole religieuse, non loin de l'un des arbres fantastiques, Fauste retira ses lunettes à vision lointaine pour les remplacer par des solaires communes et contempler le soleil couchant sur la ville. Elle n’avait rien perdu de la réunion menée par Joseï et encore moins du retour du waherlïn. Des effluves de nourritures montaient de la rue. Un vol d’oiseau arriva dans son dos, la dépassa en la frôlant et se perdit à l’horizon. La cité avait été colonisée par des parasites microscopiques qui recouvraient toutes les structures d’une fine couche couleur de bronze et qui leur valait le nom d’« Aes ». Après plusieurs décennies certains quartiers étaient devenus entièrement monochromes. La lumière était dorée, apaisante, Quelques secondes encore et le soleil disparut dans la mer, ne laissant plus au loin qu’une bande de ciel couleur de feu.

         Silhouette liquide aux reflets de bronze, l’un Aes émergeât du dôme jusqu’à la taille et tendit la main à la jeune femme qu’il guida galamment sur la courbure de la coupole. Il la fit passer au-dessus du vide et glissa gracieusement avec elle le long de la façade. Touchant terre, la jeune femme dont les cheveux vermillon flamboyaient comme un éternel couché de soleil, esquissa une courbette élégante. Ses lunettes tout juste fumées laissaient deviner de grands yeux clairs. Sa silhouette était harmonieuse et puissante, sa démarche féline. Le chant des arbres l’enivrait, rendait son pas encore plus léger et elle s’éloignait, songeant déjà avec délices à ses prochains raids. Flânant au milieu des badauds, Fauste n’avait plus qu’à attendre que la nuit vienne pour porter son prochain coup mais tout comme Loukas elle savait que bientôt les choses allaient changer.







        


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  • Commentaires

    1
    Kiru Loup Profil de Kiru Loup
    Jeudi 17 Septembre 2009 à 11:04
    Eh bien félicitation! Ton style d'écriture est très agréable à lire et les nombreuses descriptions ne l'alourdissent pas. Bien au contraire elles participent à l'élégance de ce texte! Bravo! Comme dit Fancy: je m'abonne!
    2
    LoupdesNeiges Profil de LoupdesNeiges
    Samedi 19 Septembre 2009 à 21:56
    Cela fourmille de très nombreuses idées, dont certaines parfois surprenantes de poésie, comme les Aes dorés qui colorent la ville (et qui se paient le luxe d'être galants, j'ai adoré !), le carrosse aux flammes d'air...
    C'est vraiment stylé, et écris avec une fluidité qui coupe le souffle ;)

    Si je peux me permettre (on sent que cela est dû aux pensées qui vont plus vite que le clavier) les mots s'emmêlent quelquefois (– Si telle était mon intention était le cas, ce serait déjà fait » ) mais c'est juste un simple problème de relecture...

    Mais non, en fait, il ne faut pas perdre ton temps à relire ! Plutôt continuer sur cette lancée car vraiment cela semble s'écouler comme le lit d'Ircadès ^^

    Vraiment superbe.
    3
    Dimanche 20 Septembre 2009 à 13:06
    Merci beaucoup Kiru Loup,.

    Loup des neiges : Merci de tout ces compliments j'espère que la suite te plaira tout autant.
    Merci aussi pour la coquille je vais rectifier ça tout de suite.
    4
    Vendredi 25 Septembre 2009 à 19:46
    Bonsoir Lilluscrivaine,

    Je suis sincèrement navrée, mais malgré le fait que tu écrives divinement, tes facultés sont avérées, évidentes aussi, je n'arrive pas à adhérer à ce genre de récit, je le laisse aux amateurs tels Furiae, Kiru Loup, LoupdesNeiges(...), qui ont l'air de beaucoup aimer ce genre de lecture...
    Je repasserai tout de même de temps en temps, tu nous as promis des illsutrations si je ne m'abuse...
    5
    Vendredi 25 Septembre 2009 à 21:56
    Aucun problème, je comprend tout à fait ^^
    Merci pour les compliments quand même .
    6
    Furiae Profil de Furiae
    Mercredi 30 Septembre 2009 à 13:57
    Bravo pour ton imagination sur ce monde présentant de multiples caractéristiques poétiques, technologiques, ethniques et environnementales... ses changements en seront d'autant plus virulents, non ?
    7
    Mardi 6 Octobre 2009 à 09:30
    Oui, surtout le dernier qui cloturera le roman ^^
    J'espère que la suite vous emballera autant !
    8
    Furiae Profil de Furiae
    Mardi 13 Octobre 2009 à 14:04
    Bonjour, pardon de vous délaisser ces temps-ci, je m'impatiente pourtant de la suite mais je suis un peu dépassée ailleurs... ce ne devrait plus durer longtemps. Passez une bonne après-midi, à plus tard !
    9
    fanfan de troyes Profil de fanfan de troyes
    Vendredi 19 Février 2010 à 11:46
    Toujours génial, fanfan
    10
    Vendredi 18 Février 2011 à 11:16

    Cela fait longtemps que je n'étais pas passée par ici. Je dois donc reprendre l'histoire par le début et du coup je me suis posée une question : comment fait-elle ? A-t-elle un plan de l'histoire ou est-ce que tout lui vient au fur et à mesure de 'linspiration. Bonne écriture !

    11
    Vendredi 18 Février 2011 à 12:23

    En fait je travaille sur ce projet depuis plusieurs années et il y a eu beaucoup de modifications avant d'en arriver là.


    Au début je pensais que le fait de ne pas avoir de plan aiderait à maintenir le suspens et les effets de surprise, mais c'est une méthode qui a ses limites ! J'ai fini par arriver à une telle pagaille que j'ai failli laisser tomber... Mais j'ai repris les choses en main et je me suis trouvé une méthode.


    ça me donne un sujet d'article, tiens ^^


    à suivre donc ...

    12
    Mardi 1er Mars 2011 à 20:00

    Surtout ne laisse rien tomber ! C'est super ce que tu fais, et puis ce qui est bien c'est d'aller au bout de sa folie !

    Quand j'écris "folie", il faut prend cela au second degré

    13
    Mercredi 2 Mars 2011 à 08:20

    Merci pour tes encouragements !

    14
    Mercredi 30 Mars 2011 à 21:30

    et bien, et bien. J'ai lu ce chapitre d'une traite, avec hexaltation et envie de ne pas perdre trop le fil de l'histoire. Bon sang, mais tu as un don? où vas-tu chercher tout ça? les prénoms sont extra en plus... bravissimo!!! demain, je lis la suite, c'est sur - byyyyeee

    15
    Jeudi 31 Mars 2011 à 11:53

    Oui oui j'ai un don, un don pour compliquer et embrouiller et recommencer indéfiniment et ne jamais être satisfaite du résultat lol

    Je suis toujours surprise quand  on me dit que c'est pas mal mais ça me fait très plaisir !

    J'espère que la suite ne décevra pas ^^

    16
    Jeudi 31 Mars 2011 à 12:12

    L'écriture est un art complexe. Je ne me suis jamais essayée à l'ouvrage (sauf qd j'étais ado avec mon journal intime ^^ et je n'en ferais pas une biographie). Avoir un français limpide, une suite logique tant bien dans la chronologie de l'histoire, que dans la présentation des personnages et apporter aussi une connaissance culturelle sans faille, puis aussi faire preuve d'imagination absolue, avoir un sens inné des descriptions, n'est pas donné à tout le monde. Je trouve cela fabuleux et téméraire. Quand on écrit, il faut se mettre dans la peau du lecteur et l'embarquer direct, le capturer dans son histoire. Pour ton roman, ça fonctionne. J'arrive à imager très bien l'environnement, les personnages. Puis, il y a ce suspens; nous voulons connaître la suite. C'est ce qui importe, non?

    17
    Jeudi 31 Mars 2011 à 23:24

    Tout à fait ^^

    Merci pour tes compliments ça me va droit au coeur !

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